> Les inattendus

Festival multidisciplinaire et audacieux du Théâtre Garonne, “In Extremis” déploie une programmation ouverte sur des formes esthétiques atypiques.

Rendez-vous annuel proposé par le Théâtre Garonne, “In Extremis” invite chaque année une nébuleuse d’artistes, ouvrant une fenêtre sur des formes inattendues et des aventures artistiques inclassables, au carrefour du théâtre, de la musique, de la danse, de la performance, des arts plastiques… Se déployant dans tous les espaces du théâtre, mais aussi hors les murs, ce festival multidisciplinaire se veut également un temps d’échange entre les publics et les artistes en résidence au Théâtre Garonne. Par ailleurs, le temps de trois soirées, le hall du théâtre accueille les émissions de Radio Radio au cours desquelles s’exprimeront quelques artistes à l’affiche d’“In Extremis”.

Dans cette programmation, on appréciera cette année les dispositifs insolites du Groupe Merciqui s’intéresse à deux textes d’Éric Arlix. On reverra “Gameboy” du chorégraphe Sylvain Huc qui interroge les représentations de la masculinité. Lors d’une même soirée, les spectateurs découvriront un autoportrait du charismatique Jan Martens, figure montante de la danse flamande, et les rotations vertigineuses du chorégraphe italien Alessandro Sciarroni qui tourne sur lui-même dans un flot hypnotique d’images et de résonances, entre arts visuels et performance. Dans son solo “Suites absentes”, Pierre Rigal est aux prises avec un piano mécanique jouant des pièces de Jean-Sébastien Bach. Présentée au ThéâtredelaCité, en partenariat avec La Place de la Danse, “Bacchantes, prélude pour une purge” est une relecture radicale, fantasque et transgressive de la tragédie d’Euripide, par la chorégraphe Marlene Monteiro Freitas qui regarde le chaos du monde contemporain… etc.

Le festival “In Extremis” affiche la nouvelle création de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, duo familier de la scène du Théâtre Garonne. Fruit de dix années de collaboration artistique, ils présentent “Quasi niente” (photo), spectacle inspiré du “Désert rouge”, premier film en couleur de Michelangelo Antonioni, sorti en 1964. Monica Vitti y interprète une femme mariée à un ingénieur. Souffrant de dépression, elle erre dans la sordide banlieue industrielle de Ravenne : « Nous sommes tombés amoureux d’elle parce que c’est une sauvageonne vêtue avec élégance », affirment les auteurs et acteurs italiens. Daria Deflorian prévient : « Le spectacle n’est pas une adaptation du film. Ce n’est même pas un jeu méta-théâtral de vis-à-vis avec le film. “Quasi niente” est un objet à nous, complètement personnel, mais qui ne serait jamais né sans “Le Désert Rouge”. Le travail s’est développé par cercles concentriques autour de cette pierre lancée dans l’eau : les répétitions se sont progressivement éloignées du film pour revenir plus tard sur certaines scènes précises. Et ainsi de suite, en une perpétuelle élasticité entre nous, notre présent, le film et son présent. »

Fondé par Amaury Cornut, « l’Ensemble Minisym donnera un concert qui dessine un panorama de la musique de Moondog, avec des pièces très connues et d’autres qui n’avaient jamais été gravées avant notre enregistrement », annonce le biographe du compositeur américain disparu en 1999. En préambule, Amaury Cornut proposera une conférence sur les musiques minimalistes illustrée par le pianiste Melaine Dalibert : « Moondog rappelait qu’il n’était pas l’inventeur de la musique répétitive, qui existait dans les canons de la musique ancienne ou les pulsations de la musique tribale amérindienne. Nous partons dans cette conférence des premiers sons de flûte et des premiers tambours pour arriver jusqu’à la techno, en passant par le chant grégorien, la musique baroque, Ravel, les minimalistes américains, le Velvet Underground, etc. », confie Amaury Cornut, conseiller artistique de la saison Moondog qui se déroule à Toulouse jusqu’en juin.

Côté arts plastiques, une exposition simultanée est visible dans les galeries souterraines du théâtre et à L’Adresse du Printemps de Septembre, où deux artistes français réinterprètent chacun à leur manière des scènes de grands classiques du cinéma. La série des “Body Double” de Brice Dellsperger a ainsi pour motif obsessionnel le corps idéalisé au cinéma : chaque “Body Double” rejoue une scène d’un film en introduisant un trouble dans le genre — tous les personnages sont interprétés par un seul acteur, le plus souvent travesti en femme. Michel Aubry met en jeu des œuvres emblématiques de la modernité et s’intéresse à la frontière entre original et copie, par le prisme du cinéma, de la sculpture, du costume : revisitant des films français des années 30 et 40, il produit des “Répliqûres”, vidéos où chacun des rôles est joué aussi fidèlement que possible par deux interprètes.

> Jérôme Gac

photo : “Quasi Niente” © Claudia Pajewski

  • Du 19 mars au 6 avril, au Théâtre Garonne (1, avenue du Château-d’Eau à Toulouse, 05 62 48 54 77),
  • Et aussi : au ThéâtredelaCité (1, rue Pierre-Baudis à Toulouse, 05 34 45 05 05 ou 05 61 59 98 78) et à L’Adresse du Printemps de Septembre (2, quai de la Daurade à Toulouse, 05 61 14 23 51)