> Mortelle randonnée

Opéra de chambre de Claude Vivier, “Kopernikus” est présenté au Festival d’Automne à Paris et au Théâtre Garonne à Toulouse, dans une mise en scène de Peter Sellars.

Production du Festival d’Automne à Paris, en coproduction notamment avec le Théâtre du Capitole, “Kopernikus : un rituel de mort”, de Claude Vivier, est à l’affiche du Théâtre Garonne. La vie de ce compositeur épouse les contours d’un roman, avec son lot de drames étourdissants. Né en 1948 à Montréal, de parents inconnus, Claude Vivier (photo) est adopté à l’âge de 2 ans et grandit dans un quartier ouvrier de la ville. Il découvre la musique au cours de sa scolarité chez les Frères Maristes, puis est contraint de quitter le séminaire. Il entame des études au Conservatoire de musique du Québec. Après un séjour en Allemagne auprès de Karlheinz Stockhausen, il voyage en Orient et étudie les cultures musicales du Japon, de Bali et de la Thaïlande. Impressionné par les techniques de la musique balinaise, mais aussi par le rôle que joue cette musique dans la société, il s’en imprègne pour écrire son œuvre chorale “Journal”, conçue pendant son séjour en Asie comme une sorte de carnet de voyage musical, mais qui s’est révélée être une exploration en quatre parties des thèmes caractéristiques du grand voyage qu’est la vie : Enfance, Amour, Mort, Après la Mort.

Créé à Montréal en 1980, son opéra de chambre “Kopernikus” est une allégorie dans laquelle une femme voyage vers l’autre monde, rencontre le fameux astronome de la Renaissance, croise une brochette de personnages historiques ou imaginaires. Chanté en français et dans une langue imaginaire, l’ouvrage dessine un parcours initiatique conduisant l’héroïne vers la purification totale et lui faisant atteindre l’état de pur esprit. Dans une mise en scène de l’Américain Peter Sellars, l’opéra est interprété par les chanteurs de l’ensemble Roomful of Teeth et les musiciens de l’ensemble L’Instant Donné. Dans la partition de son ouvrage, le compositeur écrit : « Depuis ses débuts, l’opéra a toujours “représenté” les archétypes de l’histoire, les désirs profonds des êtres humains. “Représenter” signifie montrer une histoire, des personnages dans leur état et leur action purs donc excessifs. L’opéra, comme forme d’expression de l’âme et de l’histoire humaine, ne peut mourir. Toujours l’être humain aura besoin de représenter ses fantasmes, ses rêves, ses peurs et ses aspirations. Autour d’Agni, personnage central, gravitent des êtres mythiques tirés de l’histoire : Lewis Carroll, Merlin, une sorcière, la Reine de la nuit, un aveugle prophète, un vieux moine, Tristan et Isolde, Mozart, le Maître des eaux, Copernic et sa mère. Ces personnages sont peut-être les rêves d’Agni qui l’accompagnent dans son initiation et finalement dans sa dématérialisation. Il n’y a pas à proprement parler d’histoire, mais une suite de scènes faisant évoluer Agni vers la purification totale et lui faisant atteindre l’état de pur esprit. Ce sont les personnages même de ses rêves qui l’initient! La poétique de “Kopernikus” tient à la fois de la vive sensibilité du compositeur, de son rapport avec son enfance et des différents niveaux d’articulation de ces divers éléments oniriques. En effet l’œuvre est une méditation sur divers états poétiques et culturels. »

Pour Peter Sellars, “Kopernikus” est « une œuvre rare, une œuvre éphémère, mais éternelle à la fois. Une œuvre de magie, de profondeur, d’immensité — à la fois toute petite, tout intime, et majestueuse! Une œuvre qui montre quelqu’un en train de mourir. On ne sait pas si ce personnage est toujours conscient, s’il nous reconnaît, s’il a déjà un pied dans le monde prochain. Que se passe-t-il dans la tête de quelqu’un qui est en train de mourir ? Avec sept chanteurs et sept musiciens, le compositeur Claude Vivier crée des univers multiples, complexes, avec tous les rayons et niveaux de conscience — et de souffrance. L’âme qui sort du corps, qui se transforme en feu. Dans cette intensité brûlante, quelques personnages connus : le dieu du feu, Mozart, la Reine de la nuit, Tristan, Isolde, Copernic et sa mère. Pourquoi ? Parce qu’on fait appel à tous les humains de l’histoire du monde qui ont cherché et réfléchi à l’au-delà de notre conscience. “Kopernikus” est une œuvre hallucinante, étonnante, surprenante, et complètement aimante, pleine de générosité, de consolation. »

Au cours de l’été 1982, ayant obtenu une bourse, Claude Vivier s’installe à Paris pour y écrire un opéra sur la mort de Tchaïkovski. À l’âge de 34 ans, il est assassiné dans son appartement parisien par un jeune homme, au cours d’une nuit de mars 1983. Il a laissé sur son bureau le manuscrit d’une œuvre inachevée, intitulée “Glaubst Du an die Unsterblichkeit der Seele?” (Crois-tu en l’immortalité de l’âme ?). Elle est écrite pour voix chantées et parlées et pour un petit ensemble, sur un texte du compositeur : le narrateur prénommé Claude y décrit l’attraction qu’il éprouve pour un jeune homme rencontré par hasard dans le métro, avant que celui-ci n’enfonce un couteau dans le cœur de Claude…

> Jérôme Gac

  • Du mardi 4 au vendredi 7 décembre, 20h00, samedi 8 décembre, 16h00, à l’Espace Cardin (1, avenue Gabriel à Paris, 01 42 74 22 77),
  • Du mardi 11 au jeudi 13 décembre, 20h00, au Théâtre Garonne (1, avenue du Château d’Eau à Toulouse, 05 62 48 54 77)