> Quand l’hirondelle s’envole

“La Rondine” de Giacomo Puccini est de nouveau à l’affiche du Théâtre du Capitole, sous la direction du chef italien Paolo Arrivabeni, dans la célèbre mise en scène de Nicolas Joel.

Créé dans une certaine indifférence en 1917, à l’Opéra de Monte-Carlo alors territoire neutre dans une Europe ravagée par la Grande Guerre, “La Rondine” a été composée par Giacomo Puccini après ses chefs-d’œuvre que sont “La Bohème”, “Tosca” et “Madame Butterfly”. Le livret de Giuseppe Adami, d’après un texte allemand d’Alfred Willner et Heinz Reichert, suit le destin d’une jeune parisienne, surnommée « l’hirondelle » (la rondine), entretenue par un riche protecteur mais amoureuse d’un jeune homme de bonne famille. Assumant l’élégance et l’insouciance des Années Folles, c’est le retour à Toulouse de la luxueuse coproduction du Théâtre du Capitole et du Covent Garden de Londres datée de 2002 et signée Nicolas Joel. Cette mise en scène a triomphé sur d’autres grandes scènes internationales, de l’opéra de Monte-Carlo à celui de San-Francisco, en passant par le Metropolitan Opera de New York et le Théâtre du Châtelet. Plus récemment, elle a été accueillie à l’Israeli Opera de Tel Aviv. On y retrouve trois artistes italiens, fidèles collaborateurs de Nicolas Joel : le décorateur Ezio Frigerio, la costumière Franca Squarciapino, et Vinicio Cheli pour la création des lumières.

Après avoir dirigé “L’Élixir d’amour” en 2007, Paolo Arrivabeni retrouve la fosse du Théâtre du Capitole. Selon lui, « dans le parcours musical de Puccini, l’esthétique de “La Rondine” est tout à fait particulière. Il faut savoir que l’œuvre naît d’une commande venue du Carltheater de Vienne. À l’origine, c’est une opérette “à la Lehar” qui est demandée au compositeur, l’idée étant de composer une véritable commedia lirica, antidote à l’atmosphère guerrière qui divisait alors l’Europe. Cependant, “La Rondine” n’aura rien d’une opérette, si ce n’est la présence régulière de “ballabili”. On pense évidemment à l’omniprésence de la valse, principalement au deuxième acte mais Puccini emprunte également aux danses alors en vogue aux États-Unis telles le fox-trot et le one-step en passant par le tango. Nous sommes donc loin des drames tels que “La Bohème”, “Tosca” ou “Madame Butterfly”, mais nous ne sommes pas non plus dans la franche comédie incarnée plus tard par Gianni Schicchi. Ici, c’est plutôt une comédie sentimentale au sentiment doux-amer et mélancolique où Puccini fait merveille dans l’art de la demi-teinte, comme une évocation nostalgique de la Belle époque. Sans compter qu’on retrouve, dans “La Rondine”, le sens incomparable de la mélodie propre à Puccini, notamment dans les airs de Magda au premier acte », assure le chef italien.

Pour Paolo Arrivabeni, « la force de Puccini est ici — grâce à son talent de mélodiste et d’orchestrateur — de faire de cette histoire somme toute banale un chef-d’œuvre d’ironie, teintée de cynisme et de nostalgie. Car l’histoire pourrait se résumer à une jeune femme qui aime les hommes et l’argent (acte I), renonce un temps aux avances d’un vieux protecteur pour filer le parfait amour avec un jeune homme (acte II), puis se ravise pragmatiquement quand les factures commencent à tomber, alors même que le jeune homme propose de l’épouser (acte III). Mais pendant ce même temps, c’est aussi l’histoire d’une femme de chambre qui emprunte les vêtements de sa patronne (acte I) pour fréquenter les mêmes cafés, où elle fricote avec un poète familier de la maison (acte II). Après un échec “sur les planches” (entre les deux actes), elle renonce à la carrière artistique que lui faisait miroiter son poète pour retourner au service de son ancienne  maîtresse (acte  III). Ainsi, “La Rondine” permet de découvrir un Puccini différent, apaisé. Cela correspond aussi à une période de sa vie où Puccini aborde sa carrière différemment. Son tempérament angoissé et passionné fait place à une recherche plus approfondie et mature et un plus grand espace est laissé à la réflexion. Nous avons là toutes les caractéristiques d’une véritable maturité artistique », constate le chef italien.

Le rôle-titre sera interprété par Ekaterina Bakanova, et non par Keri Alkema initialement annoncée. Remplaçant Sonya Yoncheva dans le rôle de Violetta dans “La Traviata”, la soprano russe faisait en 2015 des débuts très remarqués au Covent Garden. Elle débutera sur la scène du Capitole avec le rôle de Magda qu’elle vient de chanter pour la première fois à Florence. Ruggero aura les traits de Dmytro Popov, ténor ukrainien déjà apprécié ici dans “Un bal masqué”. Dans le rôle de Lisette, la soprano russe Elena Galitskaya fera ses débuts au Capitole, alors que le ténor roumain Marius Brenciu reprendra le costume du poète qu’il endossait déjà en 2005 sur la même scène. Enfin, apparu à Toulouse dans le rôle de Ping de “Turandot”, le baryton albanais Gezim Myshketa interprètera Rambaldo.

> Jérôme Gac

  • Du 17 au 26 novembre, au Théâtre du Capitole (place du Capitole, 05 61 63 13 13),
  • Conférence : jeudi 16 novembre à 18h00 au Théâtre du Capitole (entrée libre),
  • Rencontres : avant la représentation des 17 et 21 novembre à 19h00, samedi 18 novembre à 16h30 au Théâtre du Capitole