> Un amour impossible

Chorégraphie de Petipa et Ivanov sur la musique de Tchaïkovski, “Le Lac des Cygnes” est projetée au cinéma ABC dans l’interprétation du Royal Ballet au Covent Garden de Londres, dans le cadre de la saison des retransmissions des productions du Royal Opera House.

Actuellement reprise sur la scène du Royal Opera House, la dernière production londonienne du “Lac des Cygnes” est visible dans les salles de cinéma, notamment à Toulouse, à l’ABC. Créée en 2018, d’après la chorégraphie de Frederick Ashton inspirée de celle de Marius Petipa et Lev Ivanov, cette version du “Lac des Cygnes” a été imaginée par Liam Scarlett. Enfant prodige du ballet britannique, Liam Scarlett connut une carrière fulgurante de chorégraphe grâce au succès de cette production ; danseur pour le Royal Ballet de 2006 à 2012, il s’était ensuite consacré à la chorégraphie, signant plusieurs grands ballets à Londres et dans le monde. Le Royal Ballet avait créé pour lui le poste d’artiste en résidence. Liam Scarlett a mis fin à ses jours au printemps 2021, à l’âge de 35 ans.

Engagé comme premier danseur à Saint-Pétersbourg en 1847, le Français Marius Petipa est resté au service du Ballet impérial russe jusqu’à sa retraite, en 1904. Il s’y est produit jusqu’en 1868, est devenu maître de ballet en titre en 1869, et a enseigné à l’école de danse qu’il a dirigée jusqu’en 1887. Il a signé une soixantaine de ballets et imaginé les danses d’une trentaine d’opéras. Outre ses œuvres originales, il a repris le répertoire qui alors disparaissait de l’affiche partout en Europe, adaptant les ballets de Jean Dauberval, Jules Perrot et d’Arthur Saint-Léon au goût pétersbourgeois et à l’évolution de la technique. Surtout, il a monté plusieurs versions de “Giselle” en lui donnant la structure qu’on lui connaît aujourd’hui.

Il a créé une majorité de ballets à thème fantastique (“Casse-Noisette”, “Le Lac des Cygnes”, etc.), s’inspirant notamment des contes de Charles Perrault (“La Belle au bois dormant”, “Cendrillon”, “Barbe-Bleue”, etc.). Petipa a travaillé en établissant d’emblée un canevas précis de l’action et en commandant à ses compositeurs (Minkus, Tchaïkovski, etc.) une partition devant répondre à ses exigences stylistiques et musicales. Il a ainsi développé le grand ballet, en trois ou quatre actes, et est aujourd’hui considéré comme le père de George Balanchine et le grand-père de William Forsythe. Essentielle dans l’histoire de la danse du XXe siècle, son esthétique s’est imposée comme l’origine et la norme pour le ballet.

“La Belle au bois dormant”, avec “Casse-Noisette” et “Le Lac des Cygnes”, fait partie du triptyque imaginé par Marius Petipa pour les 60 danseurs de son Ballet de Saint-Pétersbourg, sur les partitions de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Sur un livret de Vladimir Begichev, d’après diverses légendes allemandes et russes, Tchaïkovski livre avec “Le Lac des Cygnes” sa première musique écrite pour le ballet, une des plus belles du genre. À l’époque, ce type de partitions étant commandé à des musiciens aguerris à la musique de ballet ; Tchaïkovski fut le premier compositeur à s’aventurer dans ce domaine qui lui était étranger.

Après l’échec d’une première version de Julius Reisinger, créée en 1877 au Théâtre Bolchoï, les chorégraphes Marius Petipa et Lev Ivanov finissent par magnifier l’histoire de cet amour impossible entre le prince Siegfried et une princesse-oiseau, façonnant ainsi le mythe de la danseuse‑cygne, ballerine par excellence. Leur chorégraphie a été créée au Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg en 1895, soit deux ans après la mort de Tchaïkovski.

> Jérôme Gac


photo © Bill Cooper/ROH
  • Samedi 11 juin, 15h00, au cinéma ABC : 13, rue Saint-Bernard à Toulouse, 05 61 21 20 46