> L’heure des retrouvailles

L’Orchestre national du Capitole de Toulouse retrouve son public à la Halle aux Grains avec un concert dirigé par Josep Pons qui met au programme la Symphonie “L’Horloge” de Haydn et “L’Heure espagnole” de Ravel.

Fidèle partenaire de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse et directeur musical du Grand Théâtre du Liceu à Barcelone, le chef espagnol Josep Pons (photo) est comme chaque année de retour à la Halle aux Grains. Il dirigera l’un des premiers concerts de la phalange depuis la réouverture au public des lieux culturels. Placé sous le signe de l’horloge, le programme réunit la Symphonie n°101 de Haydn et “L’Heure espagnole” de Ravel.

La Symphonie n°101 en ré majeur, intitulée “L’Horloge”, est l’une des douze symphonies londoniennes de Joseph Haydn écrites pendant le séjour du musicien dans la capitale anglaise, entre 1791 et 1795. Entamée à Vienne en 1793, la Symphonie “L’Horloge” est créée à Londres, en 1794. Elle respecte la structure habituelle des pages symphoniques du compositeur, se déployant en quatre mouvements : Adagio-Presto ; Andante ; Allegretto (menuet) ; Vivace (Finale). Son caractère est élégant, virtuose, rigoureux et non dénué d’humour.

Comme de nombreuses symphonies de Haydn, son titre a été apposé après la première audition publique par les chroniqueurs de l’époque : il a été donné en référence au deuxième mouvement qui fait entendre un accompagnement de croches en ostinato, telle la trotteuse d’une montre. Cette pulsation régulière revient à plusieurs reprises : d’abord jouée sobrement par les violoncelles et les bassons, elle est confiée à la flûte au timbre perçant qui imite le coucou mécanique des horloges suisses ou autrichiennes. Pour finir, le « tic-tac » est à la fois porté par les violoncelles, les contrebasses, les trompettes, les cors, les bassons et les clarinettes.

Enfin, pour l’interprétation de “L’Heure espagnole”, de Maurice Ravel, l’Orchestre national du Capitole de Toulouse invite la mezzo-soprano Marion Lebègue, les ténors Kévin Amiel et Marc Laho, et les barytons Alexandre Duhamel et Lionel Lhote. Si “L’Heure espagnole” est le premier opéra du compositeur, ce dernier préféra le qualifier de « comédie musicale ». Le livret est l’adaptation d’une pièce de Franc-Nohain ayant triomphé en 1904, au Théâtre de l’Odéon. Lors de la création de l’ouvrage à l’Opéra-Comique, en mai 1911, certains critiques parlerons de « vaudeville pornographique » en raison de l’aspect scabreux de certaines situations.

L’action est située à Tolède, où le muletier Ramiro vient faire réparer sa montre chez l’horloger Torquemada. Sa femme rappelle alors à ce dernier qu’il est temps d’aller régler les horloges municipales, stratagème habituel pour recevoir à la boutique son amant Gonzalve. Mais la présence de Ramiro entraîne une cascade de situations cocasses, entre quiproquos scabreux et amants enfermés dans des horloges.

Selon Ravel, il s’agit d’« une sorte de conversation en musique. L’intention est affirmée de renouer avec la tradition de l’opéra-bouffe. […] L’esprit humoristique […] est purement musical : ici, le rire doit être obtenu non pas, ainsi que dans l’opérette, par l’accentuation arbitraire et cocasse des mots, mais par l’insolite de l’harmonie, du rythme, du dessin mélodique ou de l’orchestration. » “L’Heure espagnole” s’apprécie donc comme une farce que le travail du compositeur sur les rythmiques, les cliquetis de l’orchestre et les voix agrémente d’une grande innovation musicale.

> Jérôme Gac

  • Symphonie n°101 “L’Horloge” de Haydn, “L’Heure espagnole” de Ravel, sous la direction de J. Pons, samedi 29 mai, 18h30, à la Halle aux Grains (place Dupuy, Toulouse, 05 61 63 13 13)